Comme le laissait présager la campagne pour l’élection présidentielle, et malgré des enjeux locaux, Internet a été un acteur important de la campagne des municipales.
Les blogs des candidats ont évidemment été en première ligne ; de qualité et de contenu variables ; pré-formatés par les services centraux des partis politiques ou utilisant des plates-formes communautaires de création de blogs. Pour ces derniers, coincés par les présentations proposées, le pire a souvent côtoyé… le pire ! Alors évidement, ce qui compte c’est le contenu et non la forme. Ah bon ? Et que diriez-vous d’un journal, d’une revue ou d’un livre mal imprimé ? L’achèteriez-vous ? Mais il est vrai que dans ce cas, c’est gratuit !
A côté des blogs « officiels » des candidats, sont apparus des blogs prétendus citoyens. Alors là, on se lâche ! Certains frisent la diffamation, l’atteinte à la vie privée ou tout simplement le colportage de ragots et la désinformation.
N’est pas journaliste qui veut ! Un journaliste, normalement, vérifie ses sources : il a les moyens de les vérifier ; il signe ses articles de son nom. Monsieur « Toulemonde » qui pianote depuis son salon en se délectant de la dernière vilenie colportée, souvent inventée, sur telle ou telle personne de la sphère politique locale n’a pas ces moyens. Et quand bien même il les aurait, il ne lui vient pas à l’idée que ce n’est peut-être pas l’exacte vérité. Mais qu’importe, puisque c’est écrit sous le couvert d’un « pseudo ». Intouchable donc !
Intouchable, dites-vous ? Pas tant que ça. Nous avons vu l’exemple d’un blog « citoyen » au contenu pour le moins subversif qui, un beau matin, n’était plus accessible. Et ne l’est toujours pas. En effet, vous l’aurez sans doute remarqué, mais certaines plates-formes de création de blogs, proposent en dessous des articles, un lien permettant de signaler un contenu abusif. Ce lien peut prendre différentes appellations : signaler un abus, alerter, signaler ce blog, etc. Il semblerait que ces « alertes » soient parfois prises en compte. Cela n’empêche cependant pas le bloggeur indélicat, dangereux virtuose de la rumeur, de recommencer sous un autre pseudo !
Même au sommet de l’Etat, on s’inquiète de la prolifération d’informations de toute nature diffusées sur les blogs. A tel point qu’un Monsieur « veille Internet » a été nommé pour surveiller ce qui circule sur la toile au sujet du président de la République: blogs, sites d’information, vidéos…
Ce qui, au départ avait été conçu comme un lieu d’échange, est devenu, aux yeux des auteurs, un espace d’influence. Du moins le croient-ils.
D’autre part, au vu des condamnations des hébergeurs, au prétexte qu’ils hébergent des sites aux contenus illégaux, mais dont ils ne sont pas les auteurs, il serait bienvenu que les autorités judiciaires se penchent sur ce problème de l’hébergement de « blogs citoyens ».
Dernièrement, un site a été condamné par le Tribunal de Commerce de Paris pour atteinte à la vie privée : ce site contenait un lien vers un blog sur les célébrités (les people !) évoquant une relation entre un acteur et une chanteuse. « Non, ce site ne peut pas se réfugier dans son rôle de simple hébergeur pour se dispenser de toute responsabilité éditoriale ». Mauvaise nouvelle pour les internautes amateurs de potins ! Il est vrai que cette décision est tout de même surprenante : c’est comme si l’on condamnait un libraire parce qu’il a en vitrine des revues qui portent atteinte aux bonnes mœurs.
Peut-être eut-il été plus logique d’imposer par la loi que l’identité véritable des auteurs soit accessible à tous les lecteurs, avec leurs coordonnées. Les personnes impliquées dans les articles pourraient ainsi contacter directement l’auteur. Et peut-être aussi que ces « journaleux » à la plume alerte quand ils sont anonymes réfléchiraient à deux fois avant d’écrire. Cela est déjà le cas pour les sites Internet par le biais des mentions légales. Pourquoi pas pour les blogs ? Ce serait imposer un début de civilisation dans la jungle des blogs.
Heureusement, Internet n’est pas que cette bouillie verbale infâme. C’est aussi un outil incontournable de communication, une encyclopédie géante, un moyen d’évasion et de culture dont nous essayons chaque mois, dans la Lettre P, de vous donnez un aperçu.
Alain Bonnet
Liens :
Base de données de la jurisprudence sur les blogs et Internet : Legalis
Veille juridique sur le web : Le Forum des Droits sur l’Internet
Un article intéressant sur les blogs et la jurisprudence : MEDIAF